RENCONTRE AVEC PIERRE ‘TAÏGU’ TURLUR (Apprivoiser l’éveil)

RENCONTRE AVEC PIERRE ‘TAÏGU’ TURLUR

30.03.2018.

Tout d’abord, un immense merci à Pierre Taïgu Turlur d’avoir accepté cet entretien, afin d’accompagner la sortie de son livre chez Albin Michel, Apprivoiser l’éveil, qui est un excellent ouvrage (lire ma recension : Pierre Taïgu TURLUR – Apprivoiser l’éveil). Notre nordiste devenu japonais a retraduit mes trois pages de questions, les a reformulé à sa sauce. Mais il a très bien fait cela, du coup, cet entretien est tout à fait valable. Par respect pour mes lecteurs, je me devais de le préciser, et par respect pour Pierre Taïgu Turlur également. Bonne lecture !

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Comment s’est passé votre première assise silencieuse ?

Cela remonte à une quarantaine d’années. Je me suis assis pour la première fois au temple de Valenciennes dont la responsabilité était confiée à celui qui fut mon premier maître et une personne dont je porte encore l’héritage aujourd’hui : Francis Taigan Reiku Baudart. Dès que je suis retrouvé dans cette posture, j’ai compris que j’étais rentré à la maison, que ma quête prenait fin. J’avais treize ou quatorze ans. La vision d’une vieille nonne m’a profondément ému, j’ai été touché par la vérité du kesa avant même de savoir ce que c’était. Après j’ai continué la pratique au dojo de Lille et très vite j’ai reçu l’ordination monastique des mains d’Etienne Mokusho Zeisler en 1983.

Après sa mort, je me suis désolidarisé de l’AZI et puis j’ai finalement rencontré celui dont j’allais recevoir la transmission, Mike Chodo Cross, professeur de technique Alexander et héritier de Nishijima Roshi. En 2006, je suis arrivé au Japon à l’invitation d’une ancienne étudiante et je suis resté. J’habite aujourd’hui à Nishinomiya dans le Kansaï. Je n’ai ni temple ni lieu fixe de pratique, je continue seul où que je sois et anime des sesshins en Europe et aux USA; grâce à internet, mes enseignements touchent désormais de nombreuses personnes et j’ai une poignée de disciples répartis sur quatre continents.

Je n’ai aucun contact avec la Sotoshu, l’organisation nippone de l’école Soto, à laquelle je n’appartiens pas et qui ne me reconnait pas, ce dont je me passe volontiers. Je ne suis ni à la recherche des titres ni au service d’un zen indigène.

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Que pensez-vous des enseignements donnés pendant zazen?

Je dis souvent qu’il faut laisser le silence des Bouddhas aux Bouddhas. De fait, le kusen n’est pas traditionnel, contrairement à ce que l’on nous chante. Les enseignements sont donnés en général par l’exemple dans la vie quotidienne, dans des entretiens privés appelés Dokusan, et lors de Teishos, durant lesquels le maître prend la parole devant l’assemblée. Je préfère me taire en zazen, ou , quand c’est vraiment vraiment nécessaire seulement, dire un ou deux mots. Je crois que le kusen est une pratique bruyante et distrayante. De même, conformément aux vœux de Nishijima et à une mouvance moderne du zen , j’ai abandonné l’usage du kyosaku , le bâton, durant zazen.

J’ai le plus grand respect pour l’enseignement de Maître Deshimaru dont on ne rappellera jamais assez la dimension profonde et essentielle. Il n’était pas issu des temples de formation et ce titre n’avait pas de vision ritualiste et étroite du Zen dont il a transmis l’essence. Finalement, je pratique à peu de choses près dans son style, ayant simplement décidé de faire l’économie du kusen et Kyosaku.

Qu’il me soit permis de dire ici quelque chose qui ne va pas satisfaire tout le monde : je pense que le zen européen fait fausse route en invitant des ribambelles de prétendus maîtres japonais (qui ne sont pour la plupart que des prélats politiques souvent fils de prélats eux-mêmes dont ils héritent charges et temples) et en se mettant à l’école de cérémonies byzantines et complexes. Le zen est moribond en terre japonaise, les temples n’arrivent plus à survivre car les laïcs ne les supportent plus financièrement, qui veut payer une somme mirobolante (plusieurs milliers d’euros) pour un nom donné à un mort ? Qui croit dans cette société dévorée par le consumérisme et matérialisme à la beauté du coeur et à l’élan de de la foi ? Qui peut avaler les couleuvres de ces éminences oisives et corrompues ? Et le zen et le Japon sont moribonds. D’où l’intérêt porté par les autorités zen japonaises à l’Occident : un juteux marché dont il faut profiter. Bien sûr, il existe encore des pratiquants authentiques et sincères, et au Japon et en Occident. Ils sont rarissimes cependant.

J’ai une grande tendresse pour le zen engagé, Bernie Glassman, Michel Dubois par exemple, et je crois que le zen est appelé à connaître de nécessaires métamorphoses afin de s’enraciner dans le sol occidental. Pour cela il lui faut s’affranchir des tentations et mirages exotiques, du culte du guru, et prendre acte de la richesse de son propre héritage occidental ( psychologie, philosophie etc.).

Pierre Taïgu Turlur - Apprivoiser l'éveil

Quelles sont les intentions que vous aviez en écrivant Apprivoiser l’éveil avec les dix images du buffle  ? Une grande partie de l’originalité d’Apprivoiser l’éveil est que manifestement, vous avez médité, comme peuvent le faire les moines chrétiens, au sujet des dix images du Buffle. Vous vous êtes fondus en eux. Vous les avez « mâché et remâché ». Vous les avez vécu de l’intérieur, les avez fait vôtre. Ai-je tort ou raison ?

Et bien j’avais donné un cycle d’enseignements en anglais il y a dix ans que tout à chacun peut trouver sur YouTube sur les Ju Gyu Zu, les dix images du dressage du buffle. J’ai décidé de reprendre ces images et de les approfondir. Au départ, l’ouvrage était destiné au Seuil et oui, vous avez raison, je me suis emparé des image en les mâchant, en les mastiquant. Le texte s’est écrit presque de lui-même, je n’y ai que peu de part, c’était comme une évidence et l’enseignement surgissait de lui-même, peut être un peu la manière des Terma tibétains.

Je voulais proposer une vision moderne et synchronique des images : cette série déploie une quête, un itinéraire, un voyage : il s’agirait d’un jeune garçon à la recherche d’un buffle dont il a entrevu les traces dans la neige et qu’il entreprend après une série de tribulations, de saisir, de dompter, de comprendre… oui, donc, son opiniâtreté, sa fougue, son acharnement et les différentes étapes qui, semblerait-il, ponctuent son voyage, nous invitent à penser qu’il s’agit là de moments distincts, de moments séparés dans le temps et l’espace, or , il n’en est rien : ils sont tous maintenant, ici, ensemble et ils sont nous-mêmes.

Je voulais rendre compte de cela et en même temps donner un panorama du Bouddha-Dharma et de ses fondations. En plus, j’ai souhaité ajouter exercices et invitations au lecteur candide, afin de conférer une dimension pratique à ouvrage. Et oui, le dernier texte et ma modeste version du Fukanzazengi rédigée à l’intention de mes disciples anglophones voici cinq ou six ans.

Après le refus des éditions du Seuil, Marc de Smedt a eu connaissance du manuscrit qu’il a immédiatement décidé de publier chez Albin Michel. Je ne saurais assez remercier et sa gentillesse et sa perspicacité pour avoir reconnu dans ce livre, un guide qui pourrait se révéler très précieux.

Pourquoi avoir écrit au sujet de l’éveil ?

L’éveil est un sujet qui égare beaucoup. Il est l’objet des fantasmes les plus débridés, des spéculations les plus folles, des théories les plus abracadabrantes. Comme je l’écris dans le livre, il convient de parler de la manière éveillée de vivre et non de l’événement dont on fait tout un fromage. Je n’ai pas envie de remettre deux sous dans la machine, lisez ce livre et surtout plongez dans la pratique, vous aurez tôt fait de réaliser l’essentiel.

L’éveil, c’est laisser la nature de Bouddha nous asseoir. C’est la laisser être, nous animer et nous vivre. Sur le fronton du temple du temple de Higashi Honganji de kyoto est écrit cette phrase merveilleuse: « Now, Life is living you ». Maintenant, la vie se vit à travers vous. C’est ça. C’est quand tous les phénomènes s’avancent vers le Soi-même comme Dogen l’exprime subtilement dans le Genjokoan. C’est aussi dans le même texte le fait que les êtres égarés s’illusionnent sur leur propre Bouddhéité, les Bouddhas sont éclairés au sujet de leur propre illusion. Mais, chut…

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Vous avancez l’idée que s’il y a éveil, c’est bien, si non c’est bien aussi, et il n’y a pas à en parler car c’est une expérience comme les autres. Comment mettre cela en perspective avec l’Éveil du Bouddha et sa volonté de sortir du samsara ?

Dogen l’affirme lui-même dans le Shobogenzo. L’éveil n’est pas le point important. Sortir du Samsara ? Vous plaisantez… le Samsara n’est pas différent du Nirvana. La voie c’est vivre le Samsara de manière éveillée, de manière nirvanique. Vous comprenez ? Le vœu du Bodhisattva qui renoncerait à son propre éveil pour plonger dans la souffrance et sauver tous les êtres est une vue fausse, une vision mièvre, duelle et idéalisée. Le Bodhisattva réalise qu’il n’y a rien d’autre que le Samsara, qu’il n’y a aucune issue, aucun espoir comme le disait Trungpa, et donc plus aucune nécessité de fuir, s’évader, s’échapper. Il vit la lumière de l’immanence, accueille la clarté des phénomènes, il vit et danse de manière détachée et joyeuse la vie-mort qui lui est donnée.

Et ce Bodhisattva c’est vous et moi, ce sont des aspects de notre psychisme et de notre vie. Kannon est vivant en vous votre insu dans tout ce que vous rencontrez. On pourrait dire plus justement que la qualité ou le style de Kannon se manifeste en tout phénomène et toute existence. C’est là la Merveilleuse intrépidité et le rugissement du Mahayana.

C’est pourquoi vous affirmez de la Voie qu’elle est « une manière éveillée de vivre (…) car l’éveil est une activité et non un état, il consiste à éclairer notre illusion fondamentale plutôt que de nous enivrer de réalisations fantomatiques ». Il faudrait donc plutôt considérer la Voie, le chemin, plutôt qu’un but illusoire et source d’illusions comme l’éveil, n’est-ce pas ? « Le chemin est le but » disait Chögyam Trungpa

Encore une fois, vous avez vu juste. Il faut prendre garde aux fleurs dans les yeux et ne pas collectionner les bons points ou les belles images comme à école primaire. Revenir encore et encore à l’assise nue, au souffle dépouillé. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Et pourtant…

La couverture d’Apprivoiser l’éveil montre un homme heureux sur un buffle, allant de l’est vers l’ouest apparemment. Cette encre signée Fan Zeng sur la couverture est intitulée : « Qui à l’aube mène son buffle vers l’est, a peut-être à s’affairer vers l’ouest ». C’est cocasse, parce que cela laisse entendre, selon moi, qu’il faille passer par l’est pour atteindre l’ouest, au lieu d’aller directement de l’est à l’ouest. Il y a insouciance et naïveté dans cela je trouve. Il en y a d’autant plus que ce voyage à dos de buffle, à cru, n’est peut-être même pas entrepris pour faire quelque chose : si ça tombe, c’est simplement une balade pour le bonheur de se balader. Un peu comme lorsque l’on s’assoit en zazen : « pour rien ». Est-ce la nature de celui qui cherche sans chercher ? Finalement, il n’y a pas à bouger, si ce n’est à faire le demi-tour en soi ?

Vous avez tout dit. Un pas vers le Sud, c’est un pas vers le Nord. S’asseoir est dépourvu d’attente. C’est s’ouvrir à l’ouvert. Chercher, c’est perdre. Se perdre, c’est trouver.

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Page 83, on peut lire de votre main ces phrases que je trouve incroyables : « Reconnaître c’est se séparer et s’éloigner. La véritable intimité suppose de ne rien souhaiter, rien vouloir et rien attendre. Ne rien comprendre. Ne pas savoir. Le buffle partout présent est vivant mais indécelable. Une fois reconnu, il s’échappe ». Je suis parfaitement d’accord. Pour moi, vous connaissez profondément la nature de l’esprit et êtes un fin connaisseur de la psychologie bouddhiste. Vos mots sont ceux de votre expérience, n’est-ce pas ? Qu’en est-il de celle-ci ? Qu’avez-vous fait de votre expérience quotidienne du zen?

C’est bien simple, je ne pense jamais au zen. Je m’en moque. Je vis ma vie telle qu’elle. Sans concentration compulsive artificielle et excessive, transformant le brossage de dents matinal ou la vaisselle en cérémonie complexe… non, je fais les choses simplement et disparais dans ce que je fais. La religion, l’éveil, les Bouddhas, le bien, le mal, n’occupent quasiment jamais mon esprit.

Je garde ma pratique cachée, ne sermonne personne et encore moins moi-même, et aux yeux de beaucoup, mis à part mon crâne rasé, rien de religieux ni de particulièrement saint n’émane de moi, parfaitement ordinaire, complément invisible. C’est un de mes enseignements importants, il convient d’effacer les traces, de ne pas s’attarder et surtout de ne laisser aucune de cette odeur putride de sainteté, de zen ou de morale que certains exhibent avec ostentation.

J’ai rencontré tellement de godos ou de pseudo maîtres qui terrifiaient, sermonnaient, manipulaient leurs disciples, leur parlant de leur ego et tout ce bazar. Je n’aime pas ce mot de maître et lui préfère celui d’ami de bien. J’invite ceux qui m’accordent leur confiance à pratiquer chez les autres maîtres et se mettre à l’école de la manifestation du sceau du Bouddha d’où qu’elle jaillisse et qu’elle que soit sa forme. Je ne suis pas impressionné par des moines aux yeux bridés ou des vétérans arrogants : j’ai eu et continue d’avoir pour maîtres d’éminents bodhisattvas que sont les gens simples et ordinaires.

Si l’on devait donner une onzième image à cette série du Buffle, laquelle serait-elle selon vous ? Une onzième les résumant toutes?

Vous-même. Rien d’autre que vous-même. Mais attention, pas ce que vous pensez de vous même. Pas les croyances et les idées que vous entretenez à votre sujet. Vous-même sans vous- même.

Page 89, vous écrivez ceci : « Mais finalement vous êtes invité à laisser de côté toutes ces techniques, pour enfin atteindre le cœur de la pratique qui est de ne rien faire, de ne rien faire du tout ». Parfois j’ai le sentiment que cette demande qui vient du taoïsme consiste à ce que l’on devienne des pierres. Est-ce cela le but de la pratique du zen ? Devenir une montagne, s’oublier, disparaître ? Ou doit-on plutôt se voir comme une plante verte, qui ne fait rien d’autre que de vivre sa vie de plante

Voilà une question très intéressante. Ne rien faire ne signifie pas s’amollir, écouter pousser l’herbe, vivre une vie de plante verte. Ne rien faire a pour signification véritable de cesser de s’immiscer dans le processus naturel qui fait que l’univers est vivant en nous. Arrêter de saisir, de manipuler, de projeter. Se défaire de l’espoir et de la peur. Alors l’énergie naturelle peut surgir librement sans entraves. Alors non, la demande du Taoïsme ne correspond pas à l’aspiration à devenir de la caillasse.

Qu’est-ce que la religion bouddhiste ? Qu’en comprenez-vous, qu’en saisissez-vous, qu’en pratiquez-vous, en votre for intérieur ?

Le bouddhisme? Aucun intérêt ! Un monceau d’ordures ! S’il reste ne serait-ce qu’une miette de Bouddhisme dans notre tête, nous sommes alors à côté de la plaque.

Je ne sais plus où j’ai appris cela, mais deux autres livres de vous devraient paraître ? Et travaillez-vous à l’écriture d’autres ouvrages hormis ceux-là ?

Oui, en Janvier prochain, un autre livre sortira chez Albin Michel, « La Saveur de la Lune », un livre qui propose un commentaire des koans les plus célèbres de notre école et qui risque de faire trembler d’agacement quelques dentiers. Je travaille sur un livre sur des figures du passé dont Ryokan et Santoka. Histoire de décaper et dépoussiérer les statues. Les niaiseries sentimentales et spirituelles sont assez pénibles. N’est pas Bobin qui veut. Je voudrais changer de disque et proposer une version plus rafraîchissante et provocatrice. Pour le reste, j’entends consacrer les années qui viennent à écrire: romans, essais, poésie, philosophie …cela devrait m’occuper avant de mourir.

pierre turlur

Quel enseignement résume le mieux l’enseignement du Bouddha selon vous ?

Les quatre sceaux:

Tout est impermanent

Tout est souffrance

Les phénomènes sont dépourvus d’existence propre

La vérité du Nirvana, au delà de toute saisie

Ou encore, cet enseignement de Dogen qui revient au même:

Étudier la Voie du Bouddha, c’est étudier soi-même;

S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même;

S’oublier soi-même, c’est être reconnu et éveillé par tous les existants;

Être reconnu et éveillé par tous les existants,

C’est abandonner son corps et son esprit,

Comme le corps et l’esprit de l’autre,

C’est voir disparaître toute trace d’Éveil

Et faire naître l’incessant Éveil sans trace.

Ou enfin ce poème de Li Po , sur zazen:

Les oiseaux ont disparu dans le ciel au lointain

Et le dernier nuage s’est vidé de son eau

Nous nous asseyons ensemble , la montagne et moi-même

Jusqu’à ce que seule la Montagne demeure

Une tradition de mes entretiens : résumez-vous littéralement en trois mots s’il-vous-plaît :

Rien de spécial

*

Pierre ‘Taïgu’ Turlur. Eveil. Dix tableaux du buffle. Albin Michel. Bouddhisme zen. Livre bouddhiste. Livre bouddhisme. Ouvrage de référence. Coup de coeur. Entretien. Rencontre. Interview

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