RENCONTRE AVEC LE VENERABLE SHINJIN (Robert Brandt-Diény)

RENCONTRE AVEC LE VENERABLE SHINJIN (Robert Brandt-Diény)

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N.B. : je suis depuis toujours, un punk, un anarchiste et un metalhead, en plus d’être bouddhiste. J’aime l’underground, l’inconnu, le méconnu, les ombres. Quand j’étais chroniqueur musical (je fus aussi un petit journaliste), j’ai interviewé d’innombrables groupes de l’underground, afin de les faire exister et connaître.

Voici interrogé un punk du Dharma, de l’underground du «Dharma Web »… quelqu’un d’original, d’acide et avec de la personnalité (comme moi !) – et j’adore ça ! Un immense merci à lui, je suis fier et honoré de le faire exister sur Livresbouddhistes.com

Bonjour Vénérable Shinjin et bienvenue sur Livresbouddhistes.com ! Suite à un échange d’emails, j’ai trouvé l’idée de vous interroger intéressante, au vu de toute votre expérience et de votre vécu ! Mais on ne vous connaît que très peu (enfin j’ai l’impression, si c’est le contraire parlez-nous en !), pouvez-vous nous dire en quelques lignes qui êtes-vous, en tant qu’humain d’abord ?

Je suis un modeste citoyen du monde, né en Allemagne en mars 1945, abandonné à ma naissance, passé par la DASS, élevé à Paris (48/64) et vivant en Suisse depuis 54 ans, de racine judéo-italienne tout cela est décrit dans la page Activités [du site www.bouddha.ch].

Ensuite, quel est votre parcours spirituel ? Êtes-vous rattaché à une tradition bouddhiste ou hindouiste ? Quels furent vos maîtres ? Qui vous a fait Révérend (et pas Vénérable?) et donné votre nom du Dharma ?

Ayant été élevé en seconde adoption par une fille de pasteur (7 générations !!), je devais être soit inspecteur des finances soit pasteur. J’ai fréquenté deux temples protestants dans ma jeunesse et ai été même moniteur d’école du dimanche, louveauteau, éclaireur chef de troupe. Dès 1954 après la mort de ma première mère adoptive, la sœur de la seconde m’a emmené régulièrement à Gretz à la fondation Ramakrishna* où j’écoutais à 9 ans religieusement Shiddeshvarananda, swamî Ramdas et d’autres swamis qui me berçaient de leur voix mélodieuse. *[Centre Védantique Ramakrishna Paris, https://www.centre-vedantique.fr, 64 Boulevard Victor Hugo, 77220 Gretz-Armainvilliers]

Puis rien jusqu’en 1990 où le ciel m’est tombée sur la tête : divorce (pour cause médicale, le pire… !), perte de mon emploi de rédacteur en chef, mort de mon chien etc.. C’est à ce moment là que j’ai repris la lecture de « la découverte du Réel » de [Jean-Lucien] Jazzarin (dont le maître était le précité Siddeshvarananda 2è fois..) et j’ai découvert conjointement « le Bouddhisme du Bouddha » d’ADN [Alexandra David-Néel] et l’enseignement de Ledi Sayadaw. Voyant que l’ordonnance du Dr Bouddha menait à la libération de la souffrance j’entrepris de me documenter le plus possible, de pratiquer la méditation comme dans une retraite et au bout de trois ans, je suis allé voir des maîtres des 3 véhicules pour leur demander si avec ce que j’avais compris j’étais en mesure d’enseigner : Leurs réponses ont été positives et c’est à ce moment là que j’ai ouvert mai 1993 le centre H’sin Tchin pour transmettre simplement ce que j’avais expérimenté et qui m’avait permis de dépasser ma souffrance.

En fin d’année j’ai fréquenté le cercle de l’anagarika Silânanda (Georges Bex) dont j’ai parlé au sujet de Prajnananda (et Siddhesvarananda pour le 3è fois.). A.S est devenu mon maître, lui ancien président de l’Union Bouddhiste Suisse et membre fondateur de l’Union Bouddhique Européenne en 1977. Il m’a fait rentrer au comité directeur de l’UBS en 1994 avec Arlette B., disciple Deshimaru. On a quitté l’UBS quelques mois après pour incompatibilité avec les suisses allemands, exclusifs et hégémonistes. C’est à ce moment là que j’ai fonde le Réseau bouddhiste suisse romand qui deviendra l’UBLF par la suite. J’ai continué à enseigner et surtout à vivre en bouddhiste.

Je ne suis affilié à aucune école, préférant transmettre l’Ekayâna ou véhicule unique selon Christmas Humphreys ou Bouddhayâna. Cependant je me rapprocherai plus du Ch’an de Sengtsan, Nanquan, Zhao-Zou dans la simplicité de l’esprit ordinaire et de la confiance en l’esprit (calme cela va de soi…).

Lors de la transmission d’A.S 15 jours avant sa mort, on s’est mis d’accord sur Saddhânanda (Shinjin) faisant à cet époque un détour par le petit véhicule ; le titre de vénérable m’a été donné par Dhammika de Genève venu visiter le Centre H’sin Tchin en 1995 avec ses élèves qui lui ont demandé comment me saluer, il leur a dit «  Vénérable comme moi ». Par la suite dans mes déplacements dans les temples des 3 véhicules, j’ai été accrédité et considéré comme tel.

Puis-je ajouter quelque chose qui me tient à cœur, sans nulle comparaison.. ! En réalité et en fait Bouddha s’est fait lui-même sans lignage superfétatoire et composé de toute pièce par une légende dorée établie par ses dévots, selon une sorte d’autodidactisme, discipline que je pratique depuis très longtemps… et qui correspond parfaitement à l’autonomie que préconise Bouddha «  Sois ton propre maître, ta propre lumière… » et non un assisté comme dans les religions monothéistes.

Vous avez créé en 1997 un site excellent, www.bouddha.ch : quelles étaient vos idées de départ ? Que cherchiez-vous à créer ou transmettre ?

Woouuaahh !!! Mon ego te remercie de cette appréciation flatteuse. Comme je suis journaliste à la base parmi les nombreux métiers que j’ai exercés, je voulais informer altruistement les internautes sur ce qui m’apparaissait comme les fondamentaux du bouddhisme hors de toute mode, vogue, déjantement aveuglé ou spiritualité marketisée.

Qu’est-ce que le Centre H’sin-Tchîn à Servion ?

C’est expliqué dans ma page Activités avec photos et descriptif. J’ai eu jusqu’à 15 élèves dans la pièce de mon ex-épouse devenu chambre de médiation qui s’est ornée, tapissée au fur et à mesure.

Et le centre Heijôshin (c’est près de chez moi, j’irais !) ?

Comme je l’ai expliqué pour raison de santé, j’ai confié la transmission à Freb Werbicki qui me suivait sur Internet et suit toujours depuis 1997 et qui réunit tous les critères pour continuer la transmission dans la même optique dégagée et dépouillée que je l’ai initiée. Il est venu au centre H’sin Tchîn et je lui ai passé le relais sous le non de Shôgen (Vision juste) ce qui induit une qualité qui se perd, à savoir le discernement. Je lui laisse la parole. :

« Le centre de méditation « Heijôshin » a ouvert ses portes en avril 2018 et a fait suite au transfert de L’Union Bouddhiste de Langue Française depuis la Suisse, vers la France. L’association loi 1901 compte une dizaine d’adhérents pour l’instant et se réunit chaque lundi soir de 20h00 à 21h30 pour 45 min d’enseignements et d’échange puis 45 min de méditation. L’esprit qui anime ce groupe est l’esprit ordinaire dans le Bouddhadharma ».

Vous êtes à l’origine de la création de ‘Union des Bouddhistes de Langue Française (UBLF) ? Cela m’a l’air d’être une bonne idée ! Mais qu’est-ce que cette association ? Combien recensez-vous d’adhérents ? Quelles sont ses missions et son ambition  ?

Crévinbouddha, n’emploie jamais le terme d’ambition qui n’est nullement bouddhiste, parle plutôt d’aspiration. L’UBLF, avec mon esprit frondeur, anticonformiste, se posait en contre de l’UBF, repaire soto-vajrayâna dans ce qu’un écrivain décrivait comme « bouddhisme perroquet » avec des meuneus meuneus diatoniques ou une purée sino-japoniaise. On y parle beaucoup trop du Tibet, je connaissais très bien Claude Levenson, présidente du CSPT après avoir interviewé le D-L [Dalaï-Lama] en oct 1973 à Genève lors de son premier passage en Europe.

La base de cette interview était en fait des explications de tangkhas (que j’avais photographiées – mon second métier) venant de musées suisses et dont le commanditaire voulait les avoir de la bouche même du D-L qu’il savait que j’allais rencontrer quelques précisions concernant des divinités courroucées. J’ai essayé de le revoir en 1997 à Karma-Ling, désastre : il avait une garde rapprochée hermétique depuis son Nobel en 1989 et puis sa prose à commencé à me lasser, et ses positions vis-à-vis de Sogyal, Chögyam et autres lamas qui prenaient des élèves en yab-yum (tralala !!) comme dakinis m’a un peu écoeuré. J’ai eu jusqu’à 70 adhérents, le problème était que j’étais en Suisse et non en France, seul et surtout à côté du centre européen des Pentecôtistes pour lesquels j’étais le diable !! Enfin merci pour la bonne idée qui ne m’a pas fait que des amis dans les yânas, because mon franc-parler et mon bon sens (là c’est l’ego !!).

Je laisse aussi Shôgen dire son mot puisqu’il l’a reprise en main :

« Comme cité dessus, notre association regroupe une dizaine d’adhérents qui se retrouvent les lundis soirs à la médiathèque de Souchez (62153). La philosophie de ce groupe exclue toute appartenance culturelle, ethnique, à quelconque école que ce soit, mouvance ou mouvement. Seul le Bouddhadharma y est enseigné à savoir qu’il constitue le tronc commun à toutes les écoles, toutes les traditions si d’aventure, elles se réclamaient du Bouddhisme. Son approche est profondément pragmatique, résolument occidentale et dégagée de toute influence tibétaine, japonaise ou autre. »

Dans votre article, « Alors, face à la frénésie spirituelle de l’Occident : Bouddhamania ou Dalaïmania…? » (http://bouddha.ch/budhamania.htm), vous vous en prenez sardoniquement aux chercheurs spirituels qui participent du « fast-food spirituel » et reproduisent ce qu’ils fuyaient dans le catholicisme. Pourquoi de telles imprécations ? Ces gens sont-ils dupes ? D’ailleurs, vous aimez les écrits de Marion Dapsance, que je n’ai pas encore lu !

Il y avait dans mes prémisses spirituelles une phrase de Speck : «  Ne vous laissez pas brûler par l’éblouissante clarté des royaumes spirituels ». Non à la base les gens ne sont pas dupes, seulement ils sont naïfs, tombant de Charybde en Scylla, reproduisant ce que dénonce le Dr Cottraux « la répétition des scénarios de vie » (voir Ndl sous titre). J’imprécâte car les gens qui se lancent pour la majeure partie ne sont pas suffisamment informés pour mesurer avantages et risques qu’il y a dans un certain folklore spirituel qui les dépersonnalisera à la longue, (voir les zombies à Karma-Ling par ex.).

Je ne pense pas qu’il faille apprendre tibétain, pâli, sanscrit, japonais, birman… pour être bouddhiste en Occident, on a un inconscient collectif occidental et non oriental. A un lama suisse qui me reprochait de ne pas savoir le tibétain, je lui répondis «  Je maîtrise le français suffisamment bien pour me faire comprendre pleinement et justement de mes élèves ! » Un point c’est tout. Et c’est là le miroir aux alouettes agité par nombre d’écoles bouddhiques séduisant foule d’assoiffés (trhsna !!) par un fallacieux dépaysement qui les sort de leur routine…

Vous vous insurgez contre les « maîtres », mais n’en êtes-vous pas un ? Que reprochez-vous concrètement aux « transmetteurs », les guru, lama, roshi, etc ? Vous donnez d’ailleurs « Les dix caractéristiques du Maître Authentique » (http://bouddha.ch/maitre.htm), dont vous êtes l’auteur ?

Maître, peut-être, mais sache qu’au-dessus de moi, il y a le double-mètre !! Je reviens à une phrase de K-G. Duckheim « Le véritable maître n’est pas celui qui s’impose à vous en tant que maître, mais celui qui progressivement vous éveille à votre maître intérieur » ou nature de bouddha. CQFD !! C’est pour quoi je m’insurge contre les personnes qui font miroiter moult et moult pouvoirs, capacités, etc.. pour attirer adeptes comme phalènes autour de l’ampoule au plafond tout en les laissant dans l’ignorance la plus crasse d’un véritable enseignement basé sur une expérience vécue authentiquement et non quelque ersatz accrocheur. Il y a aussi un autre problème : la mesmaîtrise aigüe qui fait vivre l’adepte par référence ou voire procuration « Le maître a dit, le maître a fait… » le reléguant au rang d’imitateur patenté et non d’acteur responsable. J’ai averti tous mes élèves que si cela se produisait ne fusse qu’une fois, j’arrêterai illico de transmettre. La plus grande qualité d’un maître est la transparence et la façon dont il vit ce qu’il enseigne. Schluss punk !! Deshimaru (tout comme Trungpa) et son amour du whisky, ça sentait le rôshi, n’est-il pas ??!

Quand la philosophie du Bouddha s’est-elle transformée en religion ? Quand ses reliques furent dispersées ? Ou quand les premières images et sculptures furent réalisées ? La religion n’est-elle pas née afin de structurer le sangha, ou encore parce que le culte des ancêtres est très important en Asie ?

Cette fascination obsédante jusqu’à l’agacement des reliques voir http://www.bouddha.ch/livre.php?Cle=3030&Categorie=Divers&DateNdl=2005-06-11 , j’y ai sacrifié pour voir ce que c’était (voir Photos !!). Tout cela est un barnum pour asseoir et justifier la crédulité des pauvres ouailles roulées dans la farine. – Les ossements à St Jacques de Compostelle ne sont pas celle de Jacques, mais de Priscille d’Avila, exécuté pour hérésie contre l’église. Cherchez l’erreur !!

La philosophie du Bouddha s’est transformée en religion lors du passage du sangha monastique au Mahasanghika laïc. Avant la représentation du Bouddha se bornait à un siège ou les empreintes de ses pieds. Rien de plus. La statuaire, comme les stupas reliquaires étaient destinée à frapper l’imaginaire des laïcs et illustrer positions, postures, passages de vie et rassembler les laïcs autour de ces représentations et ossements (l’anecdote de la dent du Bouddha est très significative !!). Question culte des ancêtres, je dois avouer que je ne me suis pas penché sur la question mais cela est du ressort du culte des esprits, l’animisme (kami et kaimyô au Japon, nhât en Birmanie…) plus que d’une religion, c’est croyance et superstition. J’ai à côté de mon bureau un endroit réservé à mes chers disparus que je remercie d’avoir été ce qu’ils ont été dans mon parcours de vie, cela sans culte ni offrande.

Quelle est votre vision du « bouddhisme » ? Vous semblez attaché aux structures doctrinales du Dharma du Bouddha ?

Je reviendrais au Dhammapada, ouvrage cher à A.S et sa stance 183 qu’il m’avait écrite en me dédicaçant son livre «  La Sagesse » . Avant tout, l’ordonnance du Dr Bouddha est celle qui libère de la souffrance (insatisfaction) par étude, investigation et compréhension des mécanismes du mental, seul responsable de nos maux. CQFD !! Mes enseignements à ce propos s’étalaient sur 3 ans, les fameux 52 évènements mentaux des Abidharmas en sus des 3 Caractéristiques, 3 Confiances, 4 NPE, notions de base (skandhas, nupassâna, paramita, (voir Notions)….

Zui Ho, si on n’a pas de rigueur dans l’enseignement selon une structure bien établie, c’est de la soupe populaire. Cela est clairement exposé dans le Vimalakirtinirdesha soutra, à chacun/e selon sa compréhension mais pas n’importe quoi ni n’importe comment !!

Vous enseignez le Dharma du Bouddha et vous vous l’êtes approprié. J’aimerais que vous développiez s’il-vous-plaît « la fameuse Roue de la Vie en 12 chaînons corrélatifs » : comment voyez-vous cette partie essentielle du bouddhisme ?

Comme une route qui tourne, the show must go on. La développer ici, ça pris plusieurs séances d’enseignements, donc… Comment je la vois, comme une base fondamentale de la juste compréhension des tenants de notre vie terrestrement humaine.

Vous vous l’êtes approprié … ah bon, il y avait copyright ??! je n’ai jamais vu d’ISBN ou d’EAN !! Trêve de plaisanterie, j’ai fait corps avec lui après l’avoir expérimenté avec bénéfice certain et j’ai souhaité le transmettre selon ma modeste compréhension pour le bénéfice de mes semblables.

Qu’est-ce qui fait d’une personne « un bouddhiste » ?

Sa façon de vivre selon stance 183, à savoir être ouvert, bienveillant, sans méchanceté et avant tout paisible et serein (cui, cui !!). 

Les versets de la doctrine du Bouddha – Dervy :
183 – Sabbapapassa akaranam kusalassa upasampada sacittapariyodapanam etam buddhana sasanam.
Ne pas faire le mal, pratiquer le bien, purifier l’esprit, Tel est l’Enseignement du Bouddha.

ou :

N.B. : 183 :

« Ne pas faire le mal,

Accomplir ce qui est juste et bon,

Purifier son esprit, s’y consacrer :

Tel est l’enseignement des Eveillés »

Jeanne SCHUT – Les plus belles paroles du BOUDDHA : les versets du Dhammapada

Le bouddhisme occidental et particulièrement français, est-il religieux, ou athée-laïc-rationaliste ayant en horreur le religieux et les superstitions ? Qu’en pensez-vous ?

Regarde les autocars, bus bondés qui s’agglutinent autour des stupas dans une pseudo-religiosité, c’est criant, tout comme à l’inverse les adeptes du Zen (Soto et Rinzaï !) qui se morfondent dans une discipline militaro-victorienne devant une falaise verte. On est dans des extrêmes que le Bouddha lui-même condamnerait vigoureusement.

Le Vajrayana serait un bouddhisme pratiquant la magie, car pétri par la religion Bön et le tantrisme indien, selon ce que je lis sur votre site : pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet s’il-vous-plaît ?

Je crois que le mieux à faire est de lire les livres d’Alexandra David Neel dont « Mystiques et magiciens du Tibet » montrant ainsi bien l’aspect féodal du vajrayâna, ainsi qu’héritier du Bön à tout faire. Ne pas oublier que le bouddhisme est arrivé, après le courant nordiste chamano-mongol, aussi par le sud et l’Inde avec tout un panthéon de divinités qui n’ont rien de bouddhique. Je te renvoie à Tintin au Tibet pour constater la magie de la lévitation !! Donc rien de nouveau sous le soleil.

Qu’est-ce que la sadhana dont vous parlez, quelles idées mettez-vous derrière ?

La pratique de la méditation et de l’Attention Vigilante Continue, ce que Thich Naht Hanh a dévoyé en Pleine Conscience (à ne pas confondre avec Protection Civile ou Parti communiste… !) utilisée à toute les sauces ricardienne, kabatzynienne et midalienne..

Sur votre site (http://bouddha.ch/sectinfo.htm) vous mettez en garde contre les sectes : en 2018, pensez-vous que les gens ne sont toujours pas armés face aux sectes ?

Je suis en relation avec Danièle, une de mes anciennes élèves et présidente du FECRIS à Strasbourg. Lors d’un skype à trois avec Fred, elle lui a bien montré comment les gens, même intellectuels et cultivés, pouvaient se faire happer par de sournois séducteurs. Avec la pieuvre des réseaux sociaux, personne n’est à l’abri. Fesse de bouc !!

Votre site internet regorge de recensions de livres sur le bouddhisme ! Comment se fait-il que vous partagiez ainsi vos lectures ? Quand cela a-t-il commencé ?

Cela à commencé en 1993 avec mes élèves qui me demandaient quoi lire et puis j’aime à partager mon intérêt pour le bouddhisme tout en éclairant les personnes sur le contenu de leur future lecture comme avec les autres rubriques extra-bouddhiques, l’ouverture d’esprit est signe de sagesse, n’est-il pas ??

Vous nous dites que Soutra du Coeur et Soutra de l’Essence de la Sagesse Suprême ne sont pas identiques : qu’est-ce qui les distingue ? pourquoi se trompe-t-on ?

Je crois qu’il y a méprise, j’ai simplement transposé cœur en essence, par le truchement d’un baril cordialement bouddhique !! Ne pas oublier que les traductions ont été oblitérées, faites qu’elles étaient par missionnaires, jésuites, pasteurs protestants (Wilhelm pour le Yi King) d’une terminologie judéo-chrétienne ; aussi en bon ancien élève d’Henri IV à Paris (59-63), lycée on ne eut plus défenseur de la langue française, j’ai rectifié cela pour dépasser l’amalgame qu’on pourrait faire avec le sacré cœur chrétien.

Vous avez traduit le Dhammapada avec feu André Chedel ou juste préfacé (je n’ai pas ce Dhammapada !) ? Avez-vous écrit des ouvrages sur le Dharma ?

Je me suis borné à le préfacer et ajouter le texte pâli avant celui français de Chédel que j’aime beaucoup et dont j’avais demandé la réédition pendant 10 ans….. Non aucun autre, je ne suis pas Mathieu Ricard, Lenoir, TNH, P. Chödrön ou Midal… auteurs prolifiques pourfendus par Dapsance… !! Il y a eu un projet des « Nombres de la Tradition » qui recensait les classifications numériques (plus de 500 !!) dans la littérature bouddhique allant de 2 à 84’000 qui n’a jamais vu le jour faute d’éditeur intéressé même avec les compliments de Vijayaratana qui l’avait compulsé en 1997 lors de la fête du Bouddha à la pagode de Vincennes. Shôgen te le montrera si tu vas le voir comme le Dhammapada [N.B. : J’habite Lille, qui n’est pas loin de Souchez]

D’après ce que je lis, vous donnez du crédit à l’idée que Jésus reposerait à Srinagar ? Existe-t-il des preuves concrètes de cela ? Dans le même ordre d’idée, pensez-vous que Jésus passa une partie de sa vie en Inde ? Ou dans l’autre sens, que les premiers chrétiens donnèrent l’impulsion nécessaire à l’apparition du Mahayana (hypothèse de François-Marie Périer) ?

Je connaissais François Périer sans Marie, et pour cause… !!, le Mahâyâna a subi quelques influences gréco-chrétiennes dans le Gandhara mais l’impulsion citée me semble sujette à caution. Tout l’épisode de cruxifiction-mort-résurrection du Me Jésus sont des confections tardives émanant du canon évangélique pour culpabiliser les fidèles « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute ». http://www.lepoint.fr/culture/on-a-decouvert-la-vraie-tombe-de-jesus-au-cachemire-01-11-2016-2079891_3.php. Le Vatican, dans ses caves, cache depuis 2’000 ans beaucoup de choses qui mettraient à mal son autorité et ses pouvoirs conscienciels, La somme d’inepties qu’a véhiculée (sans bouddhisme !!), par Bible interposée (hormis les livres sapientiaux) l’Église, est monstrueuse. Comment se fait-il que Thomas, le frère didyme de Jésus ait atterri au Kerala après son passage dans le Gandhara ? s’il n’avait pas suivi les traces de son frère en Inde ? Inde que le Me Jésus a visitée entre sa fuite d’Egypte et son retour en Judée. https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_(ap%C3%B4tre)#Thomas_%C3%A9vang%C3%A9lisateur_en_Asie,_selon_les_Actes_de_Thomas [NB : voir le DVD de Miceal Lidwitch, « Comment Jésus devint Christ », très instructif!]

Quel regard portez-vous sur vos années de pratique bouddhiste ?

Celui qu’un de mes collègues journalistes me disait «  Ton bouddhisme t’a transformé… même le son de ta voix a changé ». Et les derniers mots de ma sainte mère l’église «  Robert, tu ne peux pas savoir combien ton bouddhisme m’a fait du bien » l’apaisant pour trouver une fin douce et sereine.

Je passe désormais à ces quelques questions traditionnelles de mes entretiens : Pensez-vous que le nombre de gens qui s’éveillent grandit ? Ou nous enfonçons-nous dans de nouveaux obscurantismes ? L’Ère du Verseau ravage les esprits !

Ah cette ère du Verseau qui devrait être l’ère de l’intelligence… Elle devient plutôt l’ère du transhumanisme dont parle Dapsance par le truchement du New Age. Je te renvoie aux Enfants du Verseau de Marilyn Ferguson 1980 et toute la littérature « inspirée » qui l’a accompagné : Keyes, Gawain, Speck, Redfield, Bourbeau, Kerouac, Walsh.

Question d’obscurantisme, après les paradis fleuris des années 70-80, on subit un sérieux coup de ceinture rétrograde politico-religieux voire Trump, Argentine, Russie, E.I. et autres régimes totalitaires. Ce que je crains le plus, c’est la montée exponentielle de la démographie et des tentacules de la nébuleuse charismatico-évangélique comme la Cristal Church sur la chaîne NBC, diffusée le dimanche dès 8 h il y a quelques années https://www.youtube.com/watch?v=UDqbcS4xmKw .

Pourriez-vous résumer votre pensée, si demain l’on vous demandait de vous taire à jamais ? Quelles paroles pourrait-on retenir de vous ?

Les dernières paroles de Bouddha « Travaillez sans relâche à l’éveil à votre nature de Bouddha » à savoir libérée de la souffrance.

Voici une parole du maître Dzogchen, Chögyal Namkhai Norbu : « Toutes les différentes sortes d’enseignements et de voies spirituelles sont en rapport avec les différentes capacités de compréhension des différents individus. D’un point de vue absolu, il n’existe pas d’enseignement plus parfait ou efficace qu’un autre. La valeur d’un enseignement réside uniquement dans l’éveil intérieur auquel un individu peut parvenir grâce à lui. Si une personne tire un bénéfice d’un enseignement donné, pour cette personne, cet enseignement est la voie suprême car il est adapté à sa nature et à ses capacités. » Cela rejoint l’idée du Bouddha qui a dispensé 84000 enseignements adaptés à chaque personnalité, mais aussi celle de Ramakrishna, qui disait que peu importe la voie entreprise, seul le but, Dieu, importe. Pourquoi avez-vous choisie la voie qui est la vôtre ?

Pour me mener à la Paix de l’Esprit et n’oublie pas ce qu’il y a sur le fronton de Shigatsé «  Mille moines, mille vérités » – Namkhai Norbu ne fait que reprendre ce que je te disais au sujet du Vimala… soutra.

Et ceci : « Avant qu’un homme étudie le zen, les montagnes sont pour lui des montagnes et les eaux sont des eaux. Lorsque, grâce aux enseignements, il a réalisé une vision intérieure de la vérité du zen, les montagnes pour lui ne sont plus des montagnes et les eaux ne sont plus des eaux. Mais après cela, lorsqu’il parvient au repos, de nouveau les montagnes sont des montagnes et les eaux sont des eaux » : que pensez-vous de cela ?

Cela faisait partie de mes enseignements sous la forme montagnes vertes, puis montagnes bleues, rouges, dorées, etc. puis de nouveau montagnes vertes pour démontrer l’influence de l’ego dans la perception des choses, tout aussi valables qu’agréable, neutre, désagréable.

Cela encore : « Le mot maître revient souvent dans vos dires mais un maître comme son nom l’indique est une personne qui maîtrise, alors qu’un être réalisé n’a plus rien à maîtriser puisqu’il a définitivement perdu le sentiment d’être quelqu’un. Qui reste-t-il pour exercer une quelconque maîtrise ? » Bernard Harmand à Alain Jacquemart. Je voulais savoir ce qu’est un Maître de votre tradition aujourd’hui en France, au regard de cette citation. Un enseignant ? Ou plus ?

Un esprit pleinement ordinaire – comme le disait Nanquan et Zhao Zhou – qui mange quand il a faim, qui boit quand il a soif, qui dort quand il est la nuit, qui va laver son bol dans une quotidienneté attentive et vigilante. Maîtrise, réalisation : des mots, du vent mis à toutes les sauces, ce qui importe c’est ce qu’on est pleinement, sincèrement, authentiquement dans la paramita de l’équanimité qui se travaille tous les jours, formation continue oblige !! Comme je t’ai dit, je n’ai pas de tradition affirmée ni confirmée, alors définir le maître… en centimètres peut-être surtout à l’aune de personne ??!

Quel est le meilleur des enseignements spirituels ?

Celui qui correspond à ce que le chercheur cherchait, c’est à dire Être réellement, pleinement, authentiquement, titre de ma conférence Jésus et Bouddha, la même aspiration = ÊTRE

Pour quoi devons-nous nous battre aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nécessite de la part de chaque humain une attention toute particulière ?

Quelle notion affreuse : se battre. A.S disait que la solution se trouve dans le courant dans lequel on se laisse naviguer, car dans le cas contraire, on est focalisé sur la lutte contre le dit courant et l’on ne voit rien en dehors. Donc pas d’ouverture d’esprit ni d’action. Je reviens à la stance 183… à suivre. Par contre œuvrer dans un wu-wei est la meilleure des choses puisqu’elle épargne toute dépense inutile d’énergie.

Quels sont les 3 livres incontournables, importants pour vous, pas forcément bouddhistes, dont vous aimeriez que je parle sur Livres Bouddhistes ? Sachez que je vais me procurer vos autres livres !

Je parlerais ici plutôt d’Auteur : Gunaratana, Goldstein, Kornfield

Et la Spiritualité au quotidien de Pascal Michel

avec une mention pour A mi-chemin du sommet de M. Caplan (voir Notes de lectures) pour ne pas se croire réalisé, éveillé, que des mots d’ailleurs. Plus l’Approche occidentale du Zen de Christmas Humphreys (Payot, 1986).

Résumez-vous, littéralement, en trois mots, trois adjectifs s’il-vous-plaît :

Humour – Rigueur – Ouverture d’esprit

Préparez-vous un autre livre ?

Non pas pour l’instant, seul Bouddha sait ce qu’il adviendra… des Nombres de la Tradition qui s’avère être un manuel indispensable à la compréhension de la méthodologie bouddhique des 3 véhicules!!

Merci encore pour cet entretien ! Livresbouddhistes.com vous sera toujours ouvert ! Les derniers mots sont pour vous !

« au Nirvâna, l’patron s’appelle Bouddha... » ou « Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la Prâjna » (voir rire.htm !!) , car je suis persuadé que le Bouddha n’était pas dénué d’humour dans sa Voie du Milieu et qu’il doit se marrer dans le Tushita en entendant ma déconne, n’est-ce pas Bouddha rieur ‘!!

Robert ‘Shinjin’ Brandt-Diény, Suisse, Shiddeshvarananda, swamî Ramdas, André Chédel, Georges Bex – Anagarika Silânanda, entretien, interview, rencontre

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