Thierry-Marie COURAU – La succession des exercices vers l’éveil bouddhique

Thierry-Marie COURAU – La succession des exercices vers l’éveil bouddhique – Une étude des trois Bhâvanâkrama de Kamalasila (~740-795).
Editions du Cerf-Patrimoines.
ISBN : 9782204088053.      21.11.2017. 39euros. 584 pages.

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18339/la-succession-des-exercices-vers-l-eveil-bouddhique

Thierry-Marie COURAU - La succession des exercices vers l'éveil bouddhique

 Entrer dans une intelligence fi ne des religions par des contenus déterminés est une urgence pour la réflexion théologique. Leur accès est souvent difficile car il s’agit d’entrer sans a priori, grâce à l’apprentissage de leurs langues, à l’écoute de textes et de pratiques qui font apparaître des visions du monde insoupçonnées, tout à fait singulières, voire étranges et dérangeantes. Le bouddhisme, bien qu’il semble familier aujourd’hui à beaucoup par une promotion et une instrumentalisation de sa « méditation », résiste à toute approche simpliste de ses doctrines. Le théologien Thierry-Marie Courau donne ici accès à la cohérence du chemin graduel vers l’Éveil parfait et complet d’un yogin bouddhiste du Grand Véhicule indien de la fin du VIIIe s., par une analyse des Bhavanakrama de Kamalasila. Son ouvrage est « un de ces “exercices de la patience” qui sont la marque d’un souci théologique qui veut aller loin dans le service de la vérité à la rencontre de l’autre » (F. Bousquet).

 Les trois petits traités étudiés ici sont un lieu privilégié pour introduire à l’histoire des idées dans le bouddhisme, et à la compréhension de l’« entraînement de l’esprit » qui conduit à sa libération. Ils sont, à la fois, une démonstration de la continuité, sans fixité, des treize premiers siècles des traditions indiennes dont l’auteur, du courant Yogacara-Madhyamaka, est le récipiendaire qualifié, et une base pour la pratique et les enseignements bouddhiques actuels, en particulier tibétains. Les concepts sont étudiés, ici, à partir d’un corpus choisi de textes bouddhiques antérieurs, selon trois angles de vue : la recherche de l’égalité de l’esprit, les étapes du chemin selon les nouveaux courants, et la gradation des vues théoriques sur l’existence et la nature des choses. Le débat sur la nature de la Sagesse et ses modes d’accès, unitaire ou successif, conclut cette recherche.

L’auteur
 Thierry-Marie Courau est frère dominicain, ingénieur, prêtre, docteur en théologie catholique, enseignant-chercheur, doyen du Theologicum de l’Institut Catholique de Paris, après en avoir dirigé l’Institut de Science et de Théologie des Religions (2008-2011). Membre du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des Évêques de France, il en est le délégué auprès des autorités bouddhiques. Il est aussi vice-président de Concilium – International Journal of Theology.

*** Mon Avis ***

Un merveilleux développement des Étapes de la méditation, de Kamalashila

 

 Généralement, les érudits s’adressent aux érudits. Les spécialistes commentent et font des exègèses des travaux de leurs pairs. Les experts montrent qu’ils reconnaissent le travail important, intellectuel, de leurs compatriotes universitaires en écrivant une bafouille de trois kilomètres, et finalement, seuls eux se comprennent et cela reste confidentiel, et il faut donc avoir accès aux fameuses « revues à comité de lecture » ou à des revues universitaires pour apprendre ce qu’untel a dit de votre livre.
 Bon, ça, c’est inimaginable sur Livresbouddhistes. Je ne vais pas faire ça. Qui aurait envie de lire cela ? Mon but est de recenser les sorties passées comme présentes, voire futures, concernant le bouddhisme, mais aussi de donner envie de lire ces livres. Et ce livre de T-M. Courau, vous devez vous y plonger.
 Car les éditions chrétiennes du Cerf, une maison d’édition que j’adore, publient à destination du public – et non pas seulement des spécialistes – des travaux de spécialistes.
 Et comme dans cette étude T-M. Courau parle de bouddhisme et de méditation, j’essaie de me procurer de tels ouvrages, même s’ils sont écrits par des personnes au curriculum vitae donnant le vertige.  
 Bien que j’ai fais des études universitaires, je ne suis pas un scientifique (veuillez me pardonner) ni un chercheur, ni un universitaire (mais je ferais un bon enseignant, ça je le sais).

 Je vous avoue donc que lorsque j’ai vu le titre et l’épaisseur de l’ouvrage de Thierry-Marie Courau, je me suis dis « chouette, voilà un gros pavé bien complet ! » : c’est effectivement le cas. Mais je m’attendais à quelque chose davantage axé sur la pratique et la spiritualité : ce livre ne manque pas de ces deux domaines, mais c’est avant tout une explication scientifique, une étude texte archi-poussée des Etapes de la méditation de Kamalashila.
 Je ne crois pas que l’on puisse dire que l’on a ici une vulgarisation scientifique : j’ai déjà lu des ouvrages scientifiques bien vulgarisés, rendus accessibles (les anglo-saxons sont champions en la matière).
 Attention toutefois : je ne dis pas que c’est mal écrit : au contraire, le souci de se rendre intelligible est nécessaire avec de tels travaux, et T-M. Courau a fait du beau travail.
 C’est donc une somme, et ce qui est étonnant, c’est qu’il traite de long en large et dans tous les sens, ces maigres traités de Kamalashila dont je viens de parler juste avant [KAMALASHILA – Les étapes de la méditation]. Comme quoi on peut déshabiller jusqu’à l’os des textes comme ceux de Kamalashila, qui n’ont jamais été trouvés très sexy par les moines tibétains ceci dit (d’après le XIVème Dalaï-Lama). A partir de là, l’objet de papier et d’encre, incitant à la pratique des méditations Shamatha et Vipassana et leur union, devient un objet intellectuel et spirituel, et on peut donc facilement écrire le double.

 Cela tombe bien, car l’auteur est à la fois universitaire, ingénieur et ecclésiastique (frère dominicain, prêtre et docteur en théologie catholique).
 Ce gros bouquin fut publié une première fois « en interne », avant de l’être publiquement en 2017… une fois que T-M. Courau prit la direction de la collection Sagesses d’Asie chez Cerf. Toutefois, nous avons affaire ici à une révision augmentée de son travail de 2004. Merci à lui donc !
 Soulignons toutefois que l’auteur a écrit une novella intitulée « Les fontaines de l’éveil » (Ed. Cerf) où il a rendu accessibles ses connaissances bouddhiques – j’espère lire cela rapidement !
 Notons enfin que « La succession des exercices vers l’éveil bouddhique » bénéficie d’invités de prestige : La préface est signée François Bousquet et la postface est de Dennis Gira.

 Désormais passons à ce monstre de papier et d’encre (je me répète), qui bénéficie, encore, d’une couverture pelliculée de qualité, avec photo, qui le fera tenir longtemps. Il est écrit « en hommage au peuple tibétain » : c’est quelque chose que j’ai apprécié de lire.
 La Préface signée par François Bousquet, intitulée « Patience du dialogue théologique interreligieux » est à mon sens trop orientée et je trouve, inadéquate voire déplacée. Mais elle honore T-M. Courau.
 L’Introduction de l’auteur est par contre très intéressante, exposant l’histoire des travaux présentés dans « La succession des exercices vers l’éveil bouddhique », l’état actuel du bouddhisme en France, les précurseurs catholiques en matière de bouddhologie, replaçant le tout dans le siècle décisif du XXème qui vit de grands travaux émaner d’érudits catholiques. A ce titre, cette introduction est vraiment fameuse.
 Puis vient la Première partie : « Une étude des trois Bhâvanâkrama de Kamalashila ». L’étude est très complète. Elle porte sur la doctrine et la pratique, mais aussi sur la structure des textes, tout comme leur contexte historique, culturel, cultuel et géographique. Je trouve toujours incroyable de lire tant d’érudition, il faut être sacrément documenté !
 Les Bhâvanâkrama dans cette partie sont littéralement mises à nu, et mises en tableau : quel travail ! C’est justement… un travail de tibétain (ou de bénédictin ?) ! Le contenu doctrinal est également planifié et éclaire le cheminement de Kamalashila en la matière. Les plans sont géniaux et très instructifs. Pourrait-on pour autant se passer de la traduction de Georges Driessens ? Je ne crois pas. Mais l’étude de T-M. Courau l’éclaire à merveille.

 La Seconde partie, également passionnante, porte sur : « Les fondements de la gradation du chemin bouddhique ». Elle est divisée en cinq parties :
– le corpus textuel de l’étude;
– la recherche de l’égalité de l’esprit; que dit l’auteur ? « Etudier la stabilité de l’esprit conduit à exposer le cadre conceptuel dans lequel le Bouddhisme l’envisage, et loin d’être isolé du monde indien dans lequel il est né, l’adopte et l’exploite ». « Etudier les états et la pratique de l’ascèse de l’esprit, c’est découvrir comment est envisagée l’existence ». « Après une exposition des éléments et des plans d’existence avec les destinées qu’ils contiennent, nous étudions les recueillements selon leurs divers états et les deux chemins qui leur sont associés, mondain et supramondain, le dernier seul conduisant à la délivrance. Nous concluons ce chapitre sur la concentration et les auxiliaires pour l’éveil, qui sont des outils privilégiés du chemin« . Ca vous donne l’eau à la bouche ? Continuons !
– les étapes du chemin vers l’éveil selon les nouveaux courants indiens; Je vous copie ce passage magistral du chemin emprunté par le bodhisattva : « Dans les clichés habituellement employés à propos du bouddhisme, la fin est claire : il s’agit d’atteindre le nirvana. En fait, pour le bouddhiste, le nirvana n’est pas, à proprement parler, le but comme tel, pas même la direction. Là où la quête de l’homme ordinaire vise le résultat, les gains et les fruits à obtenir, les textes bouddhiques évitent d’en parler comme tels, car ils sont nécessairement de l’ordre d’une idée, et donc objet d’erreur, d’illusion, de saisie, finalement d’accroissement de la « douleur ». L’objectif est d’obtenir la cessation de la douleur duhkha nirodha et, ce qui lui est conjoint, la fin des existences. Ceci est désigné sous le terme nirvana. Il apparaît comme fort éloigné et indéfinissable pour celui qui ne l’a pas goûté. Il importe donc au pratiquant de savoir si le chemin, la voie qu’il suit, fait effectivement cesser la douleur, et non pas quel état conséquent il obtiendra. Ceci commence par une prise de conscience de son état de malade. Ensuite, il s’agit de mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la transformation de son esprit, car c’est celui-ci qui cause la douleur. » Primordial n’est-ce pas ?
– la gradation des vues théoriques; « …l’étagement des différents courants bouddhiques (…) est un leitmotiv dans la présentation tibétaine du Dharma…« . C’est ici un exposé des théories bouddhiques, nécessaires pour savoir à quel étage et courant se situe Kamalashila !
– La sagesse et son mode d’accès selon les Bhâvanâkrama. Je ne vous copie rien : je vous laisse le découvrir… il couvre la finalité des Bhâvanâkrama !

 L’auteur termine son ouvrage par une conclusion, puis vient l’excellente Postface de Dennis Gira, les Annexes, une énorme bibliographie (il faut aimer lire et étudier ce qu’on lit quand on fait ce boulot !), un glossaire bilingue, et trois index.

 Evidemment, « La succession des exercices vers l’Eveil Bouddhique » n’est pas à la portée de tout le monde, y compris de moi ! Mais c’est un précieux trésor.
 C’est donc une nouvelle référence pour un grand nombre de raisons, car nous avons ici un exposé, une décortication des traités de Kamalashila, mais aussi leur replacement dans le contexte général de leur apparition. Kamalashila a pris du volume, il a bien grossi, mais c’est pour notre bien !
 C’est un travail « inestimable » comme le dit Dennis Gira.
 Je vous recommande donc de l’acheter, et de le déguster par petite bouchée. Ne vous laissez pas intimider !

 Bonne lecture !

Zui Ho.

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