RENCONTRE AVEC ‘SANDO KAISEN’,  alias Alain KRYSTAZEK

RENCONTRE AVEC ‘SANDO KAISEN’, 

alias Alain KRYSTAZEK

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Temple Zen du « Pic Lumineux » : Ho Sho Ji

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kaisen kaisen

I – QUESTIONS SUR LE ZEN

Bonjour Kaisen et bienvenue sur Livresbouddhistes.com ! C’est Jean-Louis Accarias, qui a publié deux de vos livres, qui m’a recommandé de me pencher dessus car votre pensée mérite à être connue, et cela d’autant plus que je n’avais jamais entendu parler de vous ! Nous allons donc parler des quatre livres que j’ai en ma possession et dont les recensions accompagnent cet entretien :

KAISEN – L’esprit de la pétanque

KAISEN – La vision pure : voir directement en sa propre Nature

Sando KAISEN – L’Esprit du Vin, selon un moine zen

Sando KAISEN – L’Esprit de la Cuisine, selon un moine zen

« L’Esprit » occupe le sujet de ces ouvrages ! Toute chose a-t-elle son esprit en elle-même, ou bien lui donne-t-on une partie du nôtre, « les formes étant vides et le Vide étant les formes » ? Les teintons-nous, ou est-on teinté par les choses, ou les deux ?

L’esprit en soi n’a pas d’existence, c’est donc nous qui le créons. Nous suscitons l’esprit selon nos besoins et nos désirs. L’esprit étant sans naissance, il est sans cesse disponible. Il suffit de lier les pensées entre elles pour donner une forme à l’esprit. L’esprit étant sans forme, il n’est ni vide ni plein. Si nous utilisons le mot vide, c’est pour exprimer qu’il est vide d’existence propre.

Je vois également que vous faites des CD audios ? Ce sont vos kusen ?

La plupart des textes [des CD] ont étés écrits spontanément sur le moment, dans le studio d’enregistrement. Chaque CD est une mise en scène et tous l’univers sonore a été créé artificiellement grâce à des sons fournis par des professionnels du cinéma. Je ne réutilise jamais deux fois le même enseignement car je n’aime pas la répétition. L’esprit s’écoulant librement, tout l’art consiste à ne pas le fixer.

Vous publiez également dans d’autres langues d’après ce que j’ai pu lire : combien de livres avez-vous donc écrit svp ?

Je crois me souvenir qu’une vingtaine de livres ont étés écrits et publiés en France, Pologne, Slovaquie, République Tchèque, Ukraine et Russie.

kaisen gassho

Qui est Alain KRYSTAZEK ? Quel homme est-il, et quelle fut sa vie civile ? Combien de vies avez-vous vécu jusqu’ici ?

Qui est Alain Krystaszek ? Je ne peux le dire. Il n’a cessé de me surprendre et me surprend encore.

C’est un personnage insaisissable qui suit le courant de la vie et des choses. Une sorte de ruisseau qui ne cherche pas à savoir où il va et qui ne retourne jamais en arrière. C’est une sorte de vie vide et qui a cessé de donner un sens à quoi que ce soit. Je n’ai pas l’impression d’avoir vécu des vies. Des instants peut-être. Dire que j’ai été musicien, enseignant d’art martiaux, calligraphe ou mille autres choses m’enfermerait dans des tiroirs illusoires. 

Cela dit, je suis né à Noyon, dans l’Oise. Très tôt, dès l’âge de 5 ans, je fuyais l’atmosphère familiale pour me réfugier dans la forêt et j’y demeurais plusieurs jours. Puis mon père m’a emmené en Pologne chez sa mère – ma grand mère – auprès de qui j’ai passé 8 ans à l’époque du communisme. En rentrant en France, je suis revenu en forêt, j’ai fréquenté des communautés hippies, je suis devenu musicien et j’ai débuté les arts martiaux et zazen. En fait, rien de spécial. J’ai passé les 50 dernières années à m’asseoir et à transmettre le zen.

taisen deshimaru

Vous pratiquez le Zen Sôtô selon l’enseignement de Senseï Deshimaru : que voulait-il au juste ? Un zen occidental ou traditionnel, japonais ?

Maître Deshimaru n’avait qu’un souhait, celui de créer un zen européen. Il aimait la culture européenne et s’était éloigné du formalisme zen japonais. Je ne pratique pas le soto zen qui est une exclusivité de Eihei-ji ou de Soji-ji. D’ailleurs, personne ne pratique le soto zen en France. Aucun des anciens de la Sangha de Maître Deshimaru n’est prêtre soto, à part peut-être un ou deux.

Vers la fin de sa vie, Sensei nous a dit : « Vous devez créer votre propre zen. N’imitez pas le Japon ». 

Durant mon dernier voyage au Japon, j’ai rencontré le Roshi Kosaka Kiyu, chef du temple Sengaku-ji. C’est ce maître qui enseigne les cérémonies de la transmission, du « shiho ». Il est aussi celui qui a soutenu la mission de maître Deshimaru. Il m’a dit : « De nombreux occidentaux sont venus mendier la transmission au Japon. Vous, vous devez créer à partir de ce que Deshimaru vous a enseigné. Vous n’avez pas besoin du shiho japonais et personne ne vous interdira de vous le donner à vous-même si nécessaire. Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait dans la lignée, lignée qui fut interrompue à plusieurs reprises ». 

Ainsi, mon zen évolue et s’adapte aux diverses mentalités et aux façons de vivre des pratiquants de l’Est. L’Assise reste l’Assise, bien sûr, mais il y a une totale absence de tout ce qui est japonais.

Que signifie votre nom de Dharma ?

Sando Kaisen signifie d’après mon maître : « Ermite solitaire dans la montagne profonde ».

kaisen zazen 2

Comment avez-vous découvert zazen, et le zen sôto ? Comment s’est passée votre première assise silencieuse ?

J’ai rencontré Maître Deshimaru à Paris, au dojo de Gretz, un lieu qui appartenait à un certain monsieur Joly qui y avait accueilli Sensei. L’assise qu’on y pratiquait durait 15 minutes environ. 

J’y étais arrivé par l’intermédiaire d’un ami qui pratiquait la macrobiotique et qui m’avait amené dans le magasin où il se fournissait, le centre Tenryu de madame Rivière. Elle-même était en relation avec Georges Oshawa qui avait hébergé Maître Deshimaru à son arrivée en France. Dans ce magasin, une petite affiche sur le mur représentant un personnage en posture a attiré notre attention. Mon ami, qui semblait beaucoup plus intéressé que moi, m’a emmené au dojo de Gretz. Finalement, lui n’a jamais continué à s’asseoir. Quant à moi, j’avais à ce moment-là le projet de partir en Chine pour trouver la source des arts martiaux. Après quelques zazen, j’ai pris la route. J’ai retrouvé Maître Deshimaru à mon retour de Chine.

Vous avez plus contribué à diffuser et installer le Zen Sôtô dans les pays d’Europe de l’Est, plutôt « qu’à l’ouest » ? Où avez-vous semé le Dharma ?

Le Dharma s’est répandu par mon intermédiaire jusqu’à Vladivostok et au nord de Mourmansk. En vérité, je n’avais aucun désir d’aller à l’Est. Au départ, je suis parti en Pologne avec deux disciples d’art martiaux qui cherchaient un moyen de gagner leur vie qui leur permettrait d’avoir du temps libre pour pratiquer. Mon but était de trouver des objets artisanaux afin de les revendre. Une fois sur place, j’ai fait certaines rencontres et j’ai été invité dans différents endroits pour montrer la posture. Tout s’est fait au fur et à mesure, sans aucune intention particulière, et j’y suis finalement retourné durant plus de vingt cinq ans.

kaisen zazen

On dit que zazen est l’assise silencieuse et immobile : cependant, les gôdô en France abreuvent le mental des pratiquants avec des kusen à rallonge durant tout zazen : pourquoi cela ? Ne faut-il pas laisser le mental tranquille ? Est-ce correct, ces kusen ? Est-ce dans l’esprit du zen défini par Dôgen ? Je pense qu’il souhaitait le silence durant zazen. N’est-il pas possible que de tels commentaires aient lieu avant ou après zazen ?

Suffit-il simplement de s’asseoir, de laisser vivre son souffle et d’être attentif pleinement pour atteindre l’Éveil ?

En fin de compte, n’existe-t-il pas autant d’éveils qu’il y a d’hommes ?  

Les deux existent. 

Maître Deshimaru disait souvent que les enseignements durant zazen pénétraient profondément dans la conscience profonde sans passer par le filtre dualiste du mental.

En ce qui me concerne, je fais des « mondos » (question réponses) une fois par jour et, le reste du temps, les assises sont silencieuses, sans enseignement. Mais il m’arrive de parler aussi durant l’assise. Et ce n’est pas une décision personnelle mais un acte spontané, sans préméditation. 

Toute l’année, les pratiquants s’assoient en silence dans leur pays. Alors, quand ils viennent me voir, ils attendent de moi des éclaircissements. Je ne dirige pas des zazen quotidiens comme dans des villes. Ma vie est dans la nature et dans le silence, je ne sors en ville qu’une ou deux fois par mois. Toutes les trois semaines, il y a une retraite de 8 jours et, là, je dois m’exprimer un peu. Dogen disait que l’assise mal comprise contient de nombreux filets, de nombreux pièges. Aussi est-il parfois nécessaire d’ôter les illusions que certaines personnes entretiennent. 

Mais le plus important est de rappeler l’esprit de non-dualité. 

Il existe de nombreux éveils et il est inutile de vouloir imposer un éveil universel. 

Cependant, il est bon pour tous les hommes de pratiquer l’attention subtile et d’ouvrir sa conscience pour la rendre plus universelle. 

Koun Yamada Roshi disait en 1979 que le Zen au Japon était quasiment mort, car il y avait erreur d’appréciation des maîtres japonais en ce qui concerne l’éveil de leurs disciples ; ils prenaient des éveils partiels pour des éveils entiers. Du coup cela « foirait » la transmission. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas ce qu’est l’éveil complet. Ce que je sais, c’est que je perçois mes illusions et mes erreurs. Je comprends aussi que tout vient comme des apparitions et des disparitions et qu’il n’ y a aucun endroit où demeurer. Que vérités et illusions proviennent de la même source et que cette source est intarissable. Qu’elle est à la fois limpide et colorée, ni réelle ni non-réelle et parfaitement insaisissable à la conscience ordinaire.

Je suis cela et pourtant…  

Moi, Kaisen, je ne puis juger des éveils des autres et encore moins parler de la transmission. 

Quand je pose mon regard quelque part, ce n’est plus mon regard. Quand j’entends un son, c’est le son qui s’entend lui-même. 

Les nombreux éveils ne sont que des dharmas provisoires et l’éveil lui-même n’est pas stable. 

Koun Yamada a certainement raison, mais la raison n’est pas non plus ce sur quoi il faut demeurer.

kaisen - la vision pure

Existe-t-il un fil conducteur spirituel entre vos quatre livres ?

Je n’emploie jamais de stratégies et je ne me relis jamais. De ce fait, j’ai déjà oublié ce que j’ai écrit. Malgré cela, je sais que je ne me répète jamais de livre en livre. C’est le grand « mystère » de la Source et de son intelligence qui souvent me dépasse. 

Mais si quelqu’un veut trouver un fil conducteur, il le trouvera.

Je suis un moine fou (qui a publié un livre de poésies intitulé « Poésies d’un moine fou »), un insouciant qui ne cherche pas à écrire. Cependant, j’écris quand je suis « enceinte ». A ce moment là, il faut bien accoucher. 

En vérité, je dirige très peu ma vie. Je ne contrôle rien et n’ai aucune ambition particulière. Une fois le livre écrit, il ne m’appartient plus car, en réalité, il ne m’a jamais appartenu. Ainsi, même s’il n’y a pas de relations entre les livres, ils proviennent de la même source .

II – L’ESPRIT DE LA PETANQUE

J’ai trouvé ce livre jouissif et passionnant : car, à part les spécialistes et passionnés, qui pense intensément à la pétanque ? Bien souvent, on y joue pour se détendre. Mais on peut aussi en faire une méditation grâce à vous ! Ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est que vous disséquez délicatement, avec bienveillance, l’art de la pétanque pour en montrer tous les rouages somme toute… bouddhistes ! On y retrouve tout le Dharma du Bouddha ! Est-ce cela qui a fait qu’un ouvrage sur « l’esprit de la pétanque » ait été édité par un grand éditeur du spirituel, Accarias-L’Originel ? Qu’est-ce qui l’a séduit selon vous ? 

Je ne peux répondre à cette question, seul J.Louis Accarias le pourrait. 

En fait, tout a commencé par un CD audio que j’avais intitulé « L’esprit de la pétanque ». Une radio marseillaise l’a diffusé un jour et Sylvain Alzial, un journaliste de Radio France qui est, depuis, devenu mon ami, l’a entendu dans sa voiture. Il m’a contacté pour un projet d’émission sur France Culture et une équipe est venue m’interviewer. Ensuite, il m’a demandé d’écrire un livre pour le présenter à  son ami Jean-Louis Accarias. Avec cet éditeur, nous avons très vite sympathisé. Il a probablement apprécié l’esprit de ce livre  – que j’avais rédigé en trois jours (comme d’habitude).

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La pétanque n’existe pas sans joueurs. Il lui faut des acteurs qui s’approprient règles et instruments de jeu. Seul l’humain invente et joue à la pétanque. Vous allez plus loin : à vous lire, l’art de la pétanque est un moyen de développement personnel et relationnel. Est-ce exact ?

C’est avant tout un moyen pour s’oublier soi-même et cesser d’entretenir des mauvaises pensées vis à vis des autres et de soi. 

Le développement personnel, je ne sais pas ce que c’est. Ce que je sais, c’est qu’une fois que l’on devient « un » avec la situation, le vent, les sensations et l’esprit tel-quel, alors tout est possible.

J’ai toujours des difficultés à mettre des mots sur ce qui est dans l’instant. 

Quoi qu’il en soit, je ne joue plus à la pétanque depuis de nombreuses années. 

Avec le recul je perçois aujourd’hui qu’il m’a fallu jouer et m’entraîner pour faire naître ce livre. Mais maintenant, c’est l’histoire ancienne d’un certain Kaisen aujourd’hui disparu.

Mais la pétanque est aussi un jeu, ce qui est également foncièrement nécessaire et bon pour l’esprit ?

Vous dites dans l’Avant-Propos : « Ce livre n’est ni un manuel de pétanque, ni un livre de philosophie, ni un traité sur l’esprit. Il est l’aboutissement sans fin d’une pratique et d’une réflexion sur cet art merveilleux qu’est la pétanque ». N’est-ce pas contradictoire, un aboutissement sans fin ?

La fin est toujours le départ d’autre chose. L’aboutissement est celui d’une expérience vécue qui sommeille quelque part avant de revêtir un autre aspect. Comme les aspects sont sans aspect, l’aboutissement ne connaît ni début ni fin. L’esprit n’est jamais né, l’esprit ne cessera jamais et il n’y eut pas un temps où il n’était pas. Fin et commencement sont des rêves.

La pétanque est une méditation… Un jour, un moine zen entendit un caillou frapper un bambou et reçut le satori… La pétanque amène-t-elle à l’éveil ? Paf ! Elle en dégage une autre et votre esprit ordinaire vole en éclats…

Beaucoup de grand joueurs réussissent de nombreux carreaux mais aucun ne s’éveille pour autant.

L’éveil est un conditionnement. Si nous n’avons pas conditionné l’esprit de la Voie, rien de tel ne peut apparaître, ou alors très exceptionnellement. Généralement, c’est la boule qui vole en éclat et non la conscience endormie.

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La pétanque est-elle un art de même statut que le Kyûdo, le Kendô ou l’Iaidô ? Quels liens avez-vous tracé entre les arts martiaux et la pétanque ?

Dans ces arts que vous citez, l’esprit de la Voie (Do) est inclus, ce qui n’est pas le cas de la pétanque. Si, au moment de lancer la boule, vous gardez l’esprit détaché de son objet, alors il n’ y a pas de différence. S’attacher au résultat lie l’esprit qui produit de la souffrance au moindre échec. La pétanque est avant tout un sport, pas une Voie. Les honneurs, la célébrité, l’argent et la réussite sont les grandes ambitions de ce sport. 

J’ai  seulement souhaité montrer l’autre visage de ce sport mais cela na guère intéressé les joueurs.

Page 21, vous écrivez : « Corps et esprit sont les instruments du joueur de pétanque » : ce sont des outils pour le jeu ou pour faire de l’art ? Mais dire que le corps et l’esprit sont des instruments pour le joueur de pétanque : qu’est-ce ou qui est-ce ce joueur de pétanque ? La Nature-de-Bouddha ?

Je ne sais pas qui joue, qui vit et qui respire. Je ne sais pas ce qu’est le Bouddha. Être dans la vraie ignorance nous fait vivre la vie telle-qu’elle. Et la vie telle-qu’elle n’est ni bonne ni mauvaise. 

Qu’ est-ce que la vie ? Je ne puis le dire.

La pétanque, c’est aussi un combat contre ses passions, pour gagner la maîtrise de soi – mais c’est aussi pilonner l’adversaire à coup de canon, non ?

Pour maîtriser le soi, il faut d’abord comprendre ce qu’est le soi. Où est le soi ? On croit toujours pouvoir se maîtriser, mais cela fait partie des nombreuses illusions de l’esprit. 

Cependant, vous avez raison au sujet des mauvaises passions qu’il faut d’une manière ou d’une autre transformer en lucidité créatrice et bienfaisante.

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III – LA VISION PURE : VOIR DIRECTEMENT EN SA PROPRE NATURE

Le titre de l’ouvrage me fait fortement penser à la méthode tibétaine, assez semblable à celle du Zen, je veux dire celle du Dzogchen où le maître va permettre à son disciple de voir directement, subitement, son esprit originel. L’esprit humain est-il capable d’avoir une vision pure et directe de sa Nature-de-Bouddha ? N’est-ce pas prétentieux ? Le Bouddha Shakyamuni ne fut-il pas le seul à avoir su le faire au prix d’innombrables vies de souffrances ? 

Vous dites également, « l’esprit c’est le Bouddha » !

La Source fondamentale de l’esprit est claire et transparente. Cette expérience, nous la vivons dans l’Assise, là-dessus, il n’ y a aucun doute, aucune hésitation. Cela n’a rien de prétentieux. 

Quant au Bouddha, que savons-nous de lui exactement ? A-t-il réellement existé ? Les écrits datent de plusieurs siècles après son existence présumée. A quoi bon idéaliser quelqu’un que l’on n’a pas connu ? Par contre, la Nature du Bouddha peut être reconnue à tout instant. Cela ne signifie pas que nous sommes définitivement libérés de nos attachement, tant sur le plan matériel que spirituel. 

Voir en la Nature du Bouddha, c’est voir la Nature réelle de ce qui est mais aussi la nature de l’esprit en tant que production et destruction, en tant qu’inter-relation et co-production conditionnée. Quand je dis « l’esprit est Bouddha », j’entends par là qu’il n’y a rien en dehors de l’esprit, en dehors de Dieu. Tout est la manifestation de l’esprit Un. Le reste, c’est de l’histoire humaine ou de l’histoire bouddhiste. Mais je peux dire aussi « L’esprit est non-Bouddha ». Quand on a abandonné corps-esprit en l’Assise, il n’existe plus ni Bouddha ni esprit. 

Voilà l’essence de l’enseignement de l’Ainsi-Venu.

La vie spirituelle est-elle une chose simple, aisée, facile, ou bien difficile, âpre, voire ésotérique ?

La vie spirituelle est intéressante pour ceux qui s’occupent de leur esprit parce qu’il le prenne pour réel. Mais ce n’est pas mon cas, la spiritualité n’est donc pas mon domaine. Étant inexistante, elle n’est ni facile ni difficile. 

Quand je suis assis, spiritualité et religion retrouvent leur source à la Source même d’où naissent les notions de spiritualité et de croyances. 

Un de mes ancêtres, amérindien (Oneida), a dit : « La religion, c’est pour ceux qui ont peur de l’enfer, la spiritualité, c’est pour ceux qui en reviennent. » 

Quant à moi j’ajoute que, en l’Essence de toutes choses, rien de tout cela n’existe.

L’Éveil, comme Dieu, serait quelque chose d’indescriptible et d’insaisissable. Qui ne s’appartiendrait qu’à elle-même. Qui n’est pas mentalement ou intellectuellement une chose. Aujourd’hui, il y a des quantités de livres qui sortent où tout un chacun dit s’être éveillé, avoir connu l’Eveil… Vous dites : « Tout le monde a le satori, mais, maintenant, il faut réaliser le nirvana vivant ». L’Éveil est-il donc Un, ou Chacun a-t-il son propre éveil ? Sommes-nous des morts-vivants, qui existons et durons plutôt que de vivants ben éveillés ?

Nous sommes tous l’expression d’une même et unique Réalité. Chacun est différent et les obstacles à la réalisation de cette Unité sont propres à chacun. Par conséquent, à chacun son satori. 

Nous ne sommes ni morts ni vivants. Ce que nous appelons existence est le fait d’exister et ce que nous appelons mort est le fait de ne pas exister. Mais cette réponse est dualiste et n’a aucune réalité.

Tous les êtres sont à la fois éveillés et endormis. Il est donc nécessaire d’actualiser quotidiennement  notre Nature d’éveillé. De même que nous mangeons chaque jour, nous devons actualiser notre vraie Nature.

kaisen repas

Parler de l’Éveil, n’est-ce pas parler pour ne rien dire ? Celui qui sait ne doit-il pas se taire ?

L’Eveil est un outil et l’outil parle le langage de l’outil. Quel est son langage ? Je l’ignore.

Celui qui sait parle. Celui qui ne sait pas parle. Celui qui sait ne dit rien et celui qui ne sait rien ne dit rien non plus. 

Parfois on utilise le langage et parfois on va au-delà.

Il ressort de « La vision pure » que le Zen comme vous l’interprétez, c’est la Vie, pure, simple, équanime, sans rien à lui ajouter ou retirer. C’est à vivre pleinement. Pourquoi sommes-nous donc nés humains alors qu’en réalité, il nous serait préférable de vivre paisiblement comme animal ou plante ? Quelle est la valeur ajoutée à être humain ? Si ça tombe nous sommes inférieurs à nos plantes en pots et nos chats et chiens domestiques !

Il n’ y a aucune différence à part dans l’esprit. L’animal ne se pose pas ce genre de questions. Il vit.

Nous savons que même le plus petit des animaux a une grande importance, et qu’il peut nous apprendre de grandes choses. Aussi, toutes les petites choses que nous faisons chaque jour ont une grande importance. Notre vie est pleine de nombreuses petites choses, chaque jour, à chaque instant. Nous devons nous concentrer non pas sur un grand événement qui se produira un jour, mais sur la bonne exécution de nos obligations quotidiennes.

Mais nous avons aussi la possibilité de reconnaître notre Nature, et la reconnaître signifie reconnaître les obstacles qui nous privent de ses nombreuses qualités. 

Les animaux, les arbres et les plantes sont sans ego, ne connaissent pas la mort et ne recherchent aucune libération. En ce sens, ils sont moins compliqués que nous. C’est auprès d’eux que nous devrions trouver nos maîtres. 

Tous les êtres cherchent le bonheur et fuient la douleur. Il en est ainsi pour toutes les existences sensibles. Nous, les humains, avons créé des sociétés et avons étudié l’histoire. L’histoire nous a enseigné de ne pas répéter les erreurs du passé, possibilité que les autres existence n’ont peut-être pas. 

Mais qu’est-ce que l’évolution ?

Dès que nous évoluons, nous involuons. Notre société est bien au chaud et dans le confort mais, en même temps, nous devenons faibles, hésitants et compliqués. Rien ne nous satisfait et, de ce fait, nous nous inventons toutes sortes d’épreuves dangereuses et insolites. 

Les anglais ont commis un vrai génocide sur les amérindiens au nom du progrès et de la civilisation. Est-ce cela le progrès ?

Torturer et massacrer nos frères et soeurs animaux, est-ce cela le progrès ? 

La seule race inférieure sur cette terre c’est l’homme qui, par pure ignorance, se prend pour la race la plus évoluée. Mais ce n’est qu’un tas de viande de 80 kg qui bat des pieds et des mains afin d’affirmer la puissance de son ego.

L’ignorance et la peur qui en découle rend les hommes criminels et stupides.

N’est-il pas plus facile de se débarrasser du soi que de faire avec ?

Il est très difficile de se débarrasser de la peur de l’inconnu. Le soi ne se connaissant pas, il est comme un inconnu qui cherche l’inconnu. C’est toute la douleur humaine. En vérité, soi et non-soi sont des notions d’un soi égaré et apeuré. Il faut que chacun soit comme l’eau, plus humble que tout, mais plus solide que la pierre.

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IV – L’ESPRIT DU VIN SELON UN MOINE ZEN

Ce livre est magnifique ! Les éditions Tarma ont fait du bon boulot ! Vous nous faites goûter ce vin délicieux par votre plume poétique. C’est un éloge n’est-ce pas ? J’aime votre capacité à dénouer un fil de pensée, à aller plus loin que l’on ne l’oserait avec quelque chose d’aussi ordinaire que du vin… Ce n’est pas tout à fait la même plongée que celle avec la pétanque ? Je dirais oui, et non ! 

Vous dites brusquement, page 34 : «On est propre sur soi, on sourit, on parle bas, on ne bouge pas mais à l’intérieur, il y a une épaisseur de crasse bien cachée ». Qu’entendez-vous par là ? Car page 37 vous finissez en disant : « L’homme noble est l’homme qui a de grandes qualités morales. La vulgarité éloigne de la noblesse autant que le dénigrement et l’autosuffisance ».

Le moi revêt de nombreux masques et ces masques sont là pour cacher aux yeux des autres et à soi-même les obstacles innombrables de notre esprit. On cherche avant tout à être admiré, aimé et respecté. On aime voir les défauts des autres mais pas les siens. On se comporte bruyamment et partout on se croit chez soi. Voilà la vulgarité. Ne pas voir la souffrance chez les autres et se plaindre des siennes, tuer des insectes, manquer de parole, critiquer et juger les autres voilà le monde du vulgaire. L’homme se croit au centre du monde et il le fait savoir partout où il se trouve. Il bombe le torse à la moindre occasion et il y a même des moines qui bombent le hara plein de certitudes. L’homme noble est celui qui possède le vrai courage, l’honnêteté, la sincérité, l’attention portée à toute chose. L’amour lui-même n’existe pas sans attention réelle.

La bière est-elle moins noble que le vin ? Et les spiritueux raffinés ?

C’est à vous de voir !

Après zazen, débouche-t-on de bons crus au Temple Zen du « Pic Lumineux » ?

Parfois, sans doute, dans de rares occasions. 

En réalité, je ne bois plus depuis très longtemps. Mes boissons préférées sont le café et l’eau gazeuse.

A quoi se résume l’esprit du vin ? Ou bien est-il insondable, indiscernable ?

Il est comme l’esprit : insondable et trompeur.

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V – L’ESPRIT DE LA CUISINE SELON UN MOINE ZEN

Votre projet, dans votre livre sur « L’esprit de la cuisine selon un moine zen », c’est que chacun cuisine et mange en pleine présence, pleine conscience de ses actes. Cet ouvrage-ci ressemble plus que les autres à un essai et vous vous appuyez sur l’inévitable Tenzo Kyôkun du Shôbôgenzô de Maître Dôgen, autrement traduit par « Instructions au cuisinier zen ». C’est finalement votre ouvrage le plus classique, le commentaire de ce fascicule de Dôgen par lequel « tout le monde passe un jour où l’autre ». Comme si les bouddhistes du zen français ne savaient pas manger avec justesse.

Néanmoins on en a bien besoin : nous mangeons vite, nous mangeons très mal, nous mangeons sans réfléchir à ce que l’on mange ni comment – et pourtant, c’est une chose vitale, l’alimentation ! Pourquoi donc ce choix de traiter de l’esprit de la cuisine ? L’a-t-on perdu en quelque sorte ?

Nous avons avant tout perdu la présence du vivant dans le jardin. Il est difficile de comprendre la cuisine sans être au jardin, sans comprendre la vie du sol, l’activité du micélium, la vie intelligente et unitaire des insectes, des arbres, des vers de terre et des autres animaux. Notre jardin [du Monastère du Pic Lumineux] est un jardin agro-forestier, pour ne pas parler de permaculture. Ici, on ne travaille pas la terre, on ne la bine pas, on n’ajoute ni compostage, ni engrais chimique ou biologique. On ne touche pas à la terre du tout. On la recouvre de feuilles, de foin, de paille et les insectes, les vers de terre et les champignons font le reste. Lorsqu’on perçoit le travail qu’ils font, on ne peut que respecter la nourriture qui nous est donnée. La prière du repas prend alors son vrai sens. Ce ne sont pas que des mots, c’est une vraie coexistence avec le vivant. Tous ces êtres sont mon propre coeur et j’en prends soin chaque jour.

L’assiette n’est que le résultat de toute une transformation due à de nombreux êtres. En ce sens, je ne dis pas que je jardine mais plutôt que je protège, que je prends soin de…

La question est : pourquoi mange-t-on ? Pour qui ? Puis : comment rendre hommage à tous ces êtres qui ont travaillé afin que je puisse me nourrir ? C’est une chaîne interdépendante que l’on doit connaître afin d’être un tant soit peu sincère dans notre prière-reconnaissance. 

Il est possible d’offrir un repas dit « gastronomique » à des invités de temps en temps et, là encore, c’est l’esprit du don.

Que doit-on chercher ou retrouver dans sa cuisine ? Je veux dire : quel esprit, pas la salière !?

Juste être attentif à ce que l’on fait et avoir l’esprit de sainteté. Cet esprit est sans esprit particulier.

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La cuisine est un art. Qu’en pensez-vous ? Quel artiste culinaire êtes-vous ?

La cuisine sert à honorer la terre et les êtres. A développer une profonde reconnaissance envers ceux qui font don de leur coeur. Je laisse l’art aux artistes et aux spécialistes des arts culinaires. 

Autrefois je cuisinais beaucoup.

Qu’est-ce que la mauvaise cuisine ? Qu’est-ce qu’un bon cuisinier ?

Rien n’est ni bon ni mauvais. Quand l’esprit appelle, l’esprit répond. Seul l’esprit connaît l’esprit.

J’ai développé ce sujet dans le livre mais, quoi qu’il en soit, il n’y a pas de bon cuisinier sans qu’il y ai un grand homme derrière les fourneaux. Autrefois, j’ai connu quelques grand chefs et j’ai étudié toute sortes de cuisines. 

Finalement, les quatre élément retournent toujours à leur source.

Que souhaitait Dôgen pour son Tenzo : quel état d’esprit ? Quelle foi, quelle voie, quelle cuisine ?

Faire offrande de son corps-esprit aux êtres innombrables. Se débarrasser de tout ce que l’esprit manigance et bâtit pour mieux se protéger. 

Cela dit, je n’ai pas connu Dogen…

VI – QUESTIONS TRADITIONNELLES DE FIN D’ENTRETIEN

J’aurais encore cent questions à vous poser, aussi je passe maintenant à ces quelques questions traditionnelles qui closent mes entretiens : ainsi, qu’aimeriez-vous ajouter au sujet de vos livres ?

Rien. Ils ne sont pas ma possession.

Vos écrits ne seront jamais accessibles et intelligibles, sensibles même, qu’à un petit nombre. Pensez-vous que le nombre de gens qui s’éveillent grandit ?

Tous les êtres sont des Bouddhas. Par conséquent rien ne grandit ni diminue.

Je suis étonné que certains méditants avec qui je médite, et qui méditent depuis moins longtemps que moi, se mettent à enseigner la méditation ou prétendent avoir connu l’Éveil. Pareil, ils écrivent… Bref, ils ont à peine mis leurs orteils dans le bouddhisme qu’ils se prennent pour des maîtres… Je trouve cela tellement prétentieux ! Constatez-vous cela aussi autour de vous ?

Je ne suis entouré que de frères et soeurs Bouddhas. Les autres cherchent toujours leur voie.

Celui qui cherche la voie ne la trouve pas, donc il peut être désagréable avec lui-même ou avec les autres. Celui qui saisit qu’il est la Voie, saisit par la même occasion qu’il n’y a rien à atteindre et que marcher n’est qu’une nouvelle empreinte sur sa route. 

Comme il est agréable de cheminer aux côtés de marcheurs paisibles ! Nous sommes nous-mêmes notre Voie et notre carte et, sur cette carte, il n’y a ni nord ni sud. 

Mais, pour répondre à la question, il y a de la sagesse dans la jeunesse et il y a de la sagesse dans le grand âge. Chez les uns, elle est bruyante et en recherche, chez les autres, elle est silencieuse et profonde. 

La lumière de la lune ne laisse pas d’empreinte sur le jardin. 

Nous aussi, nous passerons sans bruit.

kaisen monastere 4

« Avant qu’un homme étudie le zen, les montagnes sont pour lui des montagnes et les eaux sont des eaux. Lorsque, grâce aux enseignements, il a réalisé une vision intérieure de la vérité du zen, les montagnes pour lui ne sont plus des montagnes et les eaux ne sont plus des eaux. Mais après cela, lorsqu’il parvient au repos, de nouveau les montagnes sont des montagnes et les eaux sont des eaux » : que pensez-vous de cela ?

Je pense que cela ne se pense pas mais se contemple.

Quel est le meilleur des enseignements spirituels ?

La spiritualité n’est pas mon domaine. Mais tout ce qui détourne l’homme des mauvaises pensées, mauvaises paroles et mauvaises actions est très bon, quelle que soit la pratique. 

La colère naît de paroles ou d’actions négligentes et nuit à l’équilibre mental, car elle déclenche une réaction en chaîne. 

Celui qui pense le souffle crée. Le souffle transporte la pensée autour du monde. L’attention envers le souffle permet de transformer les erreurs mentales. 

Prenons garde, car nos pensées, paroles et actions d’aujourd’hui envoient des nuages dans le ciel de demain.

Pour quoi devons-nous nous battre aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nécessite de la part de chaque humain une attention toute particulière ?

Le combat est celui de l’égo et de sa survie. Mettre fin aux caprices de l’égo, c’est mettre fin aux combats. 

Ceci dit, la vie demande une attention de chaque instant. Et plus particulièrement loin des villes.

Il n’ y a pas d’espace de silence dans les villes, aucun endroit où écouter le déploiement des feuilles du printemps ou le bruissement des ailes des insectes. L’air est précieux car tous les êtres partagent le même souffle, les animaux, les arbres et les hommes. Les hommes sont devenus insensible à la nature. On ne croise pas le mystère dans les villes. En l’absence du mystère, rien n’est mystérieux, tout est à penser.

N’auriez-vous pas écrit un livre sur « L’esprit de l’encens » ? Allez-vous traduire d’autres de vos livres en français ?

Je ne pense pas écrire un jour sur l’encens. Je n’ai rien à dire sur l’encens. 

En France, je n’ai plus d’éditeur. Et puis je n’ai guère de temps car je consacre toutes mes journées à la calligraphie spencerienne, en plus d’accompagner mes amis sur la longue route qui ne mène nulle part. 

Peut-être y aura-t-il prochainement un livre sur « l’esprit de l’écriture » ?…

Quels sont les 3 livres incontournables, importants pour vous, pas forcément bouddhistes, dont vous aimeriez que je parle sur Livres Bouddhistes ? Sachez que je vais me procurer vos autres livres !

Au risque de vous décevoir je ne lis jamais. Autrefois, j’ai lu un peu mais maintenant, mes seuls livres, c’est la nature et la nature, c’est mon coeur. 

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Résumez-vous, littéralement, en trois mots, trois adjectifs s’il-vous-plaît :

Paresseux, inutile et flottant au milieu des nuages bleus

Que pensez-vous de l’existence humaine ?

L’existence humaine est faite pour qu’on puisse devenir un vrai être humain. Mais pour devenir un véritable humain, il nous faut devenir Bouddha dans les pensées, les paroles et les actions. Si nous ne devenons pas intimes avec nous-mêmes, alors nous serons étrangers à nous-même et aux autres. Quand les hommes s’éloignent de la nature, leur coeur s’endurcit.

Merci encore pour cet entretien ! Je trouve vos livres fabuleux ! Livres bouddhistes.com vous sera toujours ouvert ! Les derniers mots sont pour vous !

Merci de m’avoir posé toutes ces questions, mais sachez que je change souvent d’avis et que je me promène de contradictions en contradictions. 

Des milliers de Kaisen déambulent dans le vaste ciel et j’ignore lequel vous avez rencontré…

Merci pour cette rencontre. 

Que votre Voie vous éclaire d’avantage et que vos pieds vous portent avec la légèreté d’un esprit apaisé.

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